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Issame

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Aussi loin que remontent nos souvenirs, et c’est à peine campé sur nos maigres mollets, tout  juste assez solide pour nous mettre au pas de course, notre curiosité nous poussait déjà  à la découverte de la terre qui nous a vu naitre. Les dimanches, nous nous lancions un défi pour marcher jusqu’au rocher brisé aux abords du petit douar d’Adouz. C’était aussi le temps de la découverte et l’apprentissage de nos premières cigarettes, il fallait tirer à plein poumon quand votre tour arrivait, montrer que l’on était capable de sortir la fumée par les narines et prendre des airs d’adulte pour impressionner le reste  de la meute de petits forcenés que nous formions.
Tire boulettes en bandoulière  nous passions nos journées à chasser les tourterelles, les élastiques en forme carrée en faisait une arme redoutable  très prisée parmi les tireurs les  plus  aguerris du groupe. Nous étions sur tous les sentiers de la forêt d’oliviers qui entourait le grand village formé alors de quelques quartiers, les jours de fête aussi on allait à la kasbah où tous les habitants aimaient se retrouver et parader dans leur plus bel apparat. Les couleurs vives et chatoyantes des habits des jeunes filles contrastaient agréablement avec le blanc immaculé des murs blanchis à la chaux.
Nos escapades nous menaient quelques fois par le sentier qui menait vers la source d’Ain Asserdoune, nous arrivions près d’un vieil amandier affaissé à terre mais qui fleurissait toujours. Il se trouvait à l’endroit où aujourd’hui se trouve une pépinière, à notre âge les grandes cavités creusées à même le sol nous paralysaient, c’était des fours à chaux traditionnels abandonnés et nous regardions avec prudence leur paroi et leur fond où  les traces blanches  de la pierre calcaire portée à très haute température  étaient encore visibles. C’est peut être pour cela qu’autrefois la cité portait le nom de Kasbat Bel Kouch et que bien longtemps après elle porta le nom de Béni Mellal, mellal  signifiant la couleur blanche en langue amazigh.
 En déambulant à travers les ruelles des nouveaux quartiers d’alors, bab ftouh, r’mila, souvent les maalems maçons préparaient savamment leur grande mare d’enduit. Un ouvrier passait beaucoup de temps à tamiser à travers un vieux lit à ressort une terre ocre venue des carrières, il entassait  la terre en cercle et creusait en son centre une cuvette pour y mettre de la chaux  vive encore sous forme de roche  blanchâtre qui au contact de l’eau se me mettait à bouillir.  Les maalems laissaient reposer  pendant une semaine avant de  mélanger le tout à grand coup de pelle pour obtenir un très bel enduit de couleur ocre jaune que certains gardaient comme couleur finale à leur habitation.
Bien plus tard dans le début des années 70 une bourrasque porteuse d’eau et de terre s’abattit sur les murs de la ville en laissant les traces d’une couche de boue d’une grande saleté. On dut recourir à une couleur rouge pour repeindre la ville de peur que la bourrasque ne revienne chaque année. Bien des années après, alors sous d’un Conseil Usefpeïste on décida de redonner  ses couleurs à la cité et on opta, non pour un blanc mais pour un beige que les moqqadems en charge de transmettre les instructions aux habitants,  de repeindre leur façade en BIZE, allez comprendre. Enfin portes et fenêtres depuis que la ville existe ont connu le jaune crème, le marron et même le bleu par la communauté juive attachée à cette couleur par tradition et en dernier lieu le vert wagon, allez savoir pourquoi ? Moi je n’ai encore jamais vu de train traverser la plaine du Tadla, il parait aussi que c’est pour bientôt, moi je veux bien le croire !
Un certains Waly décida qu’un retour au rouge marrakech et au rose koutoubia ou rose bonbon redonnerait à la ville un peu plus d’éclat et peut être qu’en fermant un peu les yeux, nos artères rivaliseraient avec les avenues de la capitale du Sud et que  peut être nous aurions un peu  plus de visiteurs du monde entier, rêver ne coute rien !!!


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